Présages #7 : Pablo Servigne

 

Pablo Servigne est chercheur indépendant. Il est à l’origine, avec Raphael Stevens, du terme de "collapsologie", ce domaine de recherche interdisciplinaire qui étudie l’effondrement global de notre civilisation industrielle, et ce qui pourrait lui succéder.

Avec leur livre Comment tout peut s’effondrer, ils ont articulé les données scientifiques aux aspects émotionnels de l’effondrement. Ils ont largement contribué à décloisonner les esprits et à ouvrir le débat sur ce sujet anxiogène.
C’est un livre qui a souvent provoqué un choc chez les lecteurs, parce qu’il réussit à mettre un mot sur un sentiment diffus, et qu’il permet d’ouvrir les yeux sur le tableau global de la convergence des crises (économique, sociale, énergétique, climatique, biodiversité ...)

Nous avons parlé de l’effet du livre et des autres tomes à venir, des scénarios possibles pour le futur, du rôle de la fiction, de transition intérieure et d’émotions, et d’espoir actif.


Ecouter

Entretien enregistré le 9 avril 2018


Approfondir

 

Extraits

"C'est un thème qui est sombre apparemment, qui est noir, on pense que les gens ne vont pas s'intéresser à ça, qu'ils vont le rejeter, qu'ils vont le mettre sous le tapis. Et ça a été un peu le cas. Mais ceux qui l'ont lu, bizarrement ils l'ont distribué à tout le monde, il y a eu un bouche à oreille extraordinaire." 

"J'ai vu les diverses réactions face à tous ces chiffres, et j'ai fait mes armes, j'ai appris par essai - erreur à dire certaines choses et pas d'autres"

"J'ai compris qu'on ne pouvait pas tout dire à n'importe qui." 
"Il faut s'adapter à chaque public et il faut pas parler avec la tête, il faut parler ancré, avec le coeur, avec le ventre, avec des choses vraies, et ça passe beaucoup mieux."

"Peu à peu les gens prennent conscience, et connectent les événements entre eux, et se disent qu'il y a quelque chose de plus grand qui se trame."

"L'effondrement, on ne l'a pas du tout inventé, ça existe depuis longtemps. Il y a des passionnés de ça dans le milieu anglophone, les milieux survivalistes en parlent souvent, depuis des années. Ce qu'on a fait de nouveau avec ce livre, c'est qu'on a permis à des gens, des intellos, universitaires, urbains, des gens de gauche, qui n'ont pas l'habitude de penser les catastrophes, et même les écologistes, les vieux des années 70, on les a surpris ... On a permis de faire avancer la question et l'ouvrir à des gens qui n'étaient pas du tout ouverts à ça."

"On baigne dans une odeur de gaz et on ne sait pas d'où viendra l'étincelle."

"C'est complètement imprévisible, et on a un million d'étincelles possibles, c'est pour ça que dessiner un scénario c'est de la fiction, on ne peut rien prévoir, moi je ne prévois rien du tout."

"L'intuition c'est qu'on ne peut pas envisager qu'il ne se passe rien avant 2030, c'est impensable. 2020 ça se rapproche vite. On a écrit le bouquin en 2014, en se disant 'c'est large', mais tu as vu tout ce qui s'est passé depuis 4 ans ?! C'est fou, c'est plus grave que ce que j'avais imaginé en 2014."

"D'aujourd'hui à 2025, je pense que notre mode de vie va radicalement changer."

"Le mot a été bien accueilli, il est assez intuitif, il permet de mettre un mot sur quelque chose qui était un peu flou, ça permet d'en parler."

"On sent qu'il y a besoin d'approfondir ce thème de comment on vit avec, une sorte de transition intérieure, de psychologie de l'effondrement, le deuil ... Concrètement ça veut dire quoi, comment on fait ? Beaucoup de gens sont seuls face à ces questionnements."

"Il y a aussi un parcours intérieur, spirituel (...) J'ai découvert plein de choses, et en particulier des ateliers de "travail qui relie", une méthodologie développée par Johanna Macy, qu'on a dit éco psychologue."
"Pour moi il y a eu un avant et un après, c'est clair que la reconnexion au non humain, à tous les animaux, les plantes, même à l'humain, à nous même, à nos émotions ... Tout ça, moi, le scientifique, activiste politique, zéro émotion, jusqu'au très tard, pour moi les émotions, c'était ridicule, c'était risible. Je n'en avais pas, je pensais que je n'en avais pas."

"Il y a clairement une guerre des classes, et la classe des riches a gagné."

"L'espoir rend aveugle. J'ai remarqué que les gens qui sont à fond tourné vers l'espoir, ça fait un mauvais mélange quand il y a du déni à coté."

"Faire aujourd'hui, dans le moment présent, ce qui te semble être le plus cohérent pour toi, pour l'avenir, mais sans avoir de projection, sans savoir si ça va marcher ou si ça ne va pas marcher. Tout ça c'est des questions qui se projettent dans l'avenir et qui te sortent du présent.
Juste agir aujourd'hui ce qui te semble aligné avec ta posture. Et y aller, même si on a aucune chance. C'est ça l'espoir actif."